Poste 3

Le chêne

Chênaie thermophile

Le Mormont est composé d’un très grand nombre d’associations végétales. Les versants exposés au sud sont couverts de grandes forêts thermophiles* subméditerranéennes.

La forêt qui borde le nord du chemin des Vignes est une chênaie à charme, où l’on peut observer quelques beaux spécimens de chênes sessiles (Quercus petraea) et pédonculés (Quercus robur), souvent hybridés.

Les trois plantes caractéristiques de cette association végétale sont l’ispoyre commun (Isopyrum thalictroides), le dactyle d’Ascherson (Dactylis polygama) et la stellaire holostée (Stellaria holostea).

*Aimant les milieux chauds.

Isopyre commun

Dactyle d’Ascherson

Stellaire holostée

Histoire des vignes du Château d’Eclépens

Les vignes du Château d’Eclépens ont une origine très lointaine, ce sont, en l’état de nos connaissances les plus vieilles vignes mentionnées au Moyen-Age en Suisse.

En 814, un diplôme du fils de Charlemagne, Louis le Débonaire (ou le Bon), nous apprend que l’empereur avait des vignes à Maurmont près d’Eclépens (Eclepedengis). Le Cartullaire de Lausanne, compillé par le Prevost (sous Evêque) Conon d’Estavayel, en 1228, nous renvoie à ce diplôme datant de l’an 814. Ce parchemin précieux mesure environ 180 mm de large sur 270 mm de haut et se trouve à la bibliothèque de la Bourgeoisie de Berne, comme beaucoup d’anciens documents vaudois. Il est fait mention de vignes à Sclepedingus (Eclépens aujourd’hui). Cette mention est la plus ancienne trace écrite connue de vignes au Moyen Age en Suisse. A titre de comparaison, le vignoble de Lavaux a été défriché aux alentours de 1140 (+ de 3 siècles après) par les moines cisterciens du monastère d’Hauterive qui commencèrent à remplacer la forêt et les buissons par de la vigne et des arbres fruitiers (domaine des Faverges, le Clos des Abbayes, le Clos des Moines, le clos du Burignon ou de Marsens). Le texte latin dit en substance ceci « Une certaine demeure (cellula), dite la Baumette, qui est dans le pays (pagus) de Lausanne, et au-dessus de la Venoge, et construite en l’honneur de St-Didier, avec une portion qui nous est due à Ferreyres, auprès de la villa nommée Éclépens (Sclepedingus), avec la forêt de chênes, dite Maurmont, ayant environ vingt fonds colonaires (colonica, colonges), avec les églises, maisons, édifices, serfs, colons, terres, vignes, prés, pâturages, bois, eaux et courant d’eaux, donnant ce qui est acquis et ce qui est à acquérir, et tout ce qui, en ces lieux, paraît être notre juste possession. »

Il n’est pas étonnant que les plus anciennes vignes de Suisse soit sous une voie romaine. Les plus anciens vignobles dans le monde bordent souvent des voies de communication routière ou fluviale, Bordeaux (La Gironde), Beaujolais (La Saône), Bourgogne (les canaux de Bourgogne), Porto (El Duro) car le raisin devait bien être encavé ailleurs.

Eclépens

Le village d’Eclépens fit partie de la baronnie de la Sarraz jusqu’au partage des biens de la famille de Gingins, seigneurs du Château de la Sarraz, en 1623. Eclépens échut alors à Albert I de Gingins, qui en devint ainsi le nouveau seigneur. Il fixa sa résidence dans l’ancienne cure, située près de l’église, appelée désormais le Château-Dessus ou d’En-Haut. Son fils Albert II mourut en 1698. Lui succéda Gabriel (1659- 1743), dit « le brigadier d’Eclépens », qui apporta des aménagements importants au château. François-Louis (1698-1790) effectua lui aussi de grands travaux en 1786-1789 avec l’aide de son fils Alexandre (1737-1810). Le château a donc été construit en plusieurs étapes, dont trois sont attestées : 1626, 1699 et 1786, qui représentent des agrandissements et aménagements d’un bâtiment plus ancien, existant déjà en 1623. Sur un plan de 1716, le château apparaît dans les mêmes dimensions qu’aujourd’hui, ce qui fait penser qu’il été reconstruit à la fin du XVIIIe siècle dans un même gabarit. En 1807, le château fut vendu à la famille de Coulon de Neuchâtel, qui en est encore propriétaire aujourd’hui après 8 générations.

Le vignoble aujourd’hui

On sait que le couvent de Romainmôtier (abbatiale, alt. 659 mètres) possédait à Eclépens une manse (petit domaine féodal constituant une unité d’exploitation agricole) qui lui avait été donnée en 1011 par Rodolphe II de Bourgogne. En effet, les pentes douces du Mormont sous la voie romaine, exposées plein sud et à une altitude de 460 mètres étaient bien plus propice à la culture de la vigne si chère aux moines clunisien de Romainmôtier qu’à l’altitude du couvent. Le vignoble était partagé entre les Gingins de la Sarraz et les Gingins d’Eclépens. Le phylloxéra en 1886 (Founex) met à mal le domaine et la construction de la ligne ferroviaire Jougne – Eclépens en 1870 partage le vignoble qui descendait jusqu’en bas de la pente. Le vignoble est peu à peu abandonné et en grande partie arraché pour laisser place à des prairies. Il faut rappeler qu’à l’époque le capital plan était très couteux, plus que la terre agricole. Il ne reste à cette époque que la vigne du Château d’En Bas, située au-dessus de celui-ci. En 1922, Gustave de Coulon, passionné de vin, recrée le domaine actuel après de échanges de terrains et des acquisitions. Quelques acquisitions ultérieurs augmentent encore le domaine. En 1972, une parcelle d’environ 1 ha, créée en vigne à l’est du domaine est planté en Chasselas. Jusqu’en 1956, le domaine est planté en Chasselas. Il n’y a pas de marché pour le rouge. Les Suisses buvant essentiellement des rouges de l’étranger (Algérie, Espagne, France). Après le gel de 1956, une décision très audacieuse et risquée est prise, planer des ceps de Gamay (90%) et Pinot Noir (10%) en provenance du Beaujolais et de Bourgogne alors qu’il n’existe pas de rouge dans le canton de Vaud. La raison est aussi à trouver parce que la concurrence de Lavaux et la Côte est déjà importante. C’est souvent dans les difficultés que l’on sait se montrer innovant. Le succès est quasi immédiat car les grandes caves coopératives de la Côte (Société vinicole de Perroy – SVP) recherchent du rouge vaudois. Le vin a toujours été pressuré à Eclépens. Il est mis en bouteille à Perroy à la SVP. La production pléthorique est très bien vendue sans qu’une bouteille quitte le Château. Ce n’est que dans les années 2000 que des mises en bouteilles sont réalisées au Château après l’élevage.

L’encépagement

L’encépagement du vignoble est composé aujourd’hui de 3 ha de Gamay (plusieurs clones différents), 2 ha de Gamaret et de Garanoir (croissement de GamayxReichensteimer, blanc), 1ha de Pinot Noir (divers clones bourguignon), 0,5 ha de Chasselas, et de Cabernet Jura, un cépage résistant issu du Cabernet sauvignon, dit « interspécifique » ou PIWI pour « Pilzwiderstandsfähig », signifiant littéralement « capable de résister aux champignons ». Issus de croisements multiples entre des cépages nobles et des vignes plus rustiques, voire sauvages, ces nouveaux cépages bénéficient d’une résistance naturelle aux maladies les plus dévastatrices de la vigne que sont le mildiou et l’oïdium.

L’écartement original des lignes était de 1,2 mètre, il est passé à 1,4 m, puis 1,5 m. Aujourd’hui, on ne plante plus qu’à 1,6 m, voir 1,8 m. Les raisons sont avant tout qualitatives, puisque la charte restrictive de l’Association Clos, Domaines et Château nous oblige à produire 800 grammes au mètre ce que ces dernières années nous avions de la peine à atteindre.

D’une récolte de 115’000 litres en 1982 (record historique haut), nous sommes passé à une récolte de 12’450 litres en 2017 (record historique bas, gel au printemps et grêle). En 1983, l’introduction des « acquis », soit un système de quota des volumes, révolutionne la viticulture. D’une culture agricole basée sur la quantité et le volume, comme c’est toujours le cas en agriculture, l’on passe à une réflexion sur la qualité et le consommateur. C’est également aussi la conséquence de changements d’habitude alimentaire et de consommation. Nos ancêtres étaient parfois payés en alcool fort et en vin partout en Europe.

L’agriculture biologique

Depuis le 1er janvier 2017, le domaine est cultivé en culture biologique, selon le cahier des charges de Bio Suisse. Cela implique une méthode de culture qui n’utilise pas de pesticides ou d’engrais chimiques, et qui les remplace par d’autres méthodes incluant des produits issus des plantes ou des animaux (fumier, compost). Les directives de Bio Suisse sont les plus sévères du monde aussi bien au niveau de la production que de la transformation. Par exemple, l’ensemble de la ferme doit être est exploitée de manière biologique (le Bio de l’UE autorise de n’exploiter qu’une partie du domaine en bio, on parle de « Bio parcellaire »). Seules les exploitation labélisée Bio Bourgeon ou Bourgeon Reconversion sont garantes de ces principes car contrôlée par un organisme indépendant et neutre, piloté par les producteurs eux-mêmes (Bio Inspecta). Seule la Coop respecte ces exigences. Les produits d’importation M-Bio sont généralement certifiés selon les normes européennes moins sévère.

Réglementations plus sévères et plus détaillées pour la fertilisation (composte, fumier, lisier, engrais verts), la rotation des cultures et les produits de protection des plantes; des semences non-traitées bio, des arbres de pépiniériste bio, et même depuis le 1er janvier 2018, des ceps de vigne certifié bio ; la limitation de chauffage des serres; pas de transport par avion; des directives pour favoriser la biodiversité: au minimum 20 % de surfaces de compensation écologiques ainsi que catalogue de mesures; le respect d’exigences sociales, charte pour des relations commerciales équitables; etc.. . Acheter bio, c’est soutenir la biodiversité.

 

François de Coulon, mai 2018 pour l’ASM

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

             Isopyre commun                       Dactyle d’Ascherson                      Stellaire holostée