mardi , 15 octobre 2019

Poste 1

Le Moulin Bornu : le « Milieu du Monde »

Vous avez devant vous un bassin qui a toute une histoire. Commencez par en faire le tour et repérez les sorties d’écoulement de l’eau.

Vous devriez en avoir découvert deux : l’une passe sous la route que vous venez de quitter et s’écoule vers le nord. Un bouchon jeté à cet endroit finira, avec un peu de chance, dans la Mer du Nord après avoir rejoint le Nozon, puis l’Orbe, la Thièle, l’Aar et le Rhin. L’autre écoulement, tout à gauche près du bâtiment, passe sous un chemin et part en direction du château. Un autre bouchon lancé à cette sortie atteindra, du moins en théorie, la Venoge, filera vers le Léman, en ressortira par le Rhône et finira sa course dans la Mer Méditerranée.

Ce sont ces 2 écoulements qui créent ce fameux partage des eaux, ce « Milieu du Monde » comme on le désigne un peu pompeusement ; « Milieu de l’Europe » serait plus réaliste !

Le dessin ci-dessous a été réalisé vers 1820. Remarquez la présence des 2 écoulements.

Petit quiz :

Enfants :        

En regardant attentivement dans le gros marronnier près du bassin, tu découvriras un animal qui apprécierait cet endroit. Il s’agit :

a) d’une fouine

b) d’un écureuil

c) d’un raton laveur

Tous :

Les habitants de La Sarraz et de Pompaples tirent parti de l’eau du Nozon. A propos, comment les appelle-t-on ?

a) Les Sarraziens et les Pompaplois

b) Les Sarrazans et les Pompapliens

c) Les Sarrazins et les Pompapolitains

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Pour en savoir plus

Poésie

« A Pompaples est une fontaine

Ses eaux vont au Rhône et au Rhin

Lorsque j’y vais pleurer ma peine

Nord et Sud savent mon chagrin ! »

C’est à Paul Budry, poète vaudois, que l’on doit ce charmant quatrain.

Histoire locale

Le partage des eaux à partir de ce bassin a donc une origine humaine. Pour en connaître l’histoire, il faut faire un saut de 500 ans dans le passé.

A cet emplacement, à l’origine, a été construit un prieuré ou hospice appartenant au couvent du Grand-Saint-Bernard (en 1228, on parle de l’Hospitale de Bornu). Il est situé sur la route reliant la France à l’Italie ; marchands et pélerins y trouvent gîte et couvert. A la Réforme (16esiècle), il perd sa fonction religieuse et devient propriété des barons de La Sarra (sans « z » à l’époque) qui en font un moulin. Qui dit moulin dit eau pour faire tourner les roues et c’est ainsi qu’un bief (canal) au Nozon fut créé. Ces eaux furent ensuite dirigées dans le vallon qui longe le bourg de La Sarraz à l’occident afin d’alimenter d’autres forges ou moulins et d’inonder les terres sous le château.

Anecdote à ce propos : les seigneurs sarrazins n’avaient pas prévu que ce marais se peuplerait de nombreux crapauds et grenouilles dont les chants nocturnes agresseraient leurs nobles tympans. Pour lutter contre ce vacarme, ils instaurèrent une corvée annuelle consistant à massacrer ces trop sonores batraciens. C’est ainsi qu’on appela « Lè Roille-Bot » (les tape-crapauds) les habitants de La Sarra. Ce surnom original n’est malheureusement plus usité.

Mais revenons au bassin dont l’eau, dans un premier temps, ne s’écoulait que vers le sud. Pour la commune d’Ornier (Orny), l’eau du Nozon était aussi indispensable à l’alimentation des fontaines, à l’inondation des prés et comme force hydraulique. En période sèche, la déviation par le canal était si importante qu’il ne restait presque plus d’eau dans le Nozon, au grand dam des habitants. Après d’âpres négociations, il fut décidé de rendre une partie de l’eau au Nozon en créant un autre écoulement vers le nord, par « un tuyau de même forme et grandeur » que celui se dirigeant au sud.

Par ce partage de l’eau du bassin vers deux directions opposées, l’on créa ainsi ce Milieu du Monde que vous avez sous les yeux.

En revenant sur vos pas…

En longeant le trottoir, ne manquez pas de constater la position stratégique du château et de jeter un coup d’œil sur votre droite. Cette « trouée » qu’emprunte le canal rejoignant la Venoge est la faille la plus occidentale du Mormont. Un projet, au 17èmesiècle, voulait y faire passer la liaison Rhône-Rhin. C’est finalement le tracé par Entreroches qui a été retenu.

A la fin de la dernière période glacière, un fleuve qui coulait vers le nord (pas de Venoge donc) empruntait cette faille. On lui doit aussi la plaine de l’Orbe et le sillon subjurassien. Un peu en aval, on peut encore voir des marques d’érosion sous forme de traces de marmites fluviales et/ou glacières.