samedi , 28 novembre 2020

La ZAD de la Colline occupe le Mormont

Le Comité de l’ASM a appris samedi matin qu’un collectif de jeunes venait de s’installer sur le Mormont afin de bloquer le projet d’extension de la carrière Holcim sur le plateau de la Birette. Nous sommes très heureux et émus de voir qu’après des années de lutte, les zadistes du village des Orchidées apportent un soutien concret à notre action pour la sauvegarde du Mormont. Tous les membres de l’ASM sont les bienvenus au village des Orchidées pour soutenir les zadistes.

Une déclaration de l’ASM a été remise aux zadistes:

“L’Association pour la Sauvegarde du Mormont (ASM) déclare soutenir le collectif de la ZAD de la Colline dans sa détermination à sauvegarder le Mormont. Ce soutien est soumis à la condition expresse que ce mouvement reste non-violent en toute circonstance.”

25 commentaires

  1. Bravo les amis, on vous soutient. Que peut-on vous apporter ?

    Nos meilleures pensées

    JPierre et Anne-Thérèse

    • Bonjour les amis,

      Le mieux est d’aider directement les zadistes ou de leur faire un don à travers l’ASM (CCP 12-431502-0 – IBAN CH72 0900 0000 1243 1502 0) en précisant « Don ZAD ».

      Je rêve encore du concert de Bleu Amarante… Magique!

      Bien cordialement,

      Alain

    • Christophe Gendre

      Bravo a tous et toutes! On peut passer ?

      • Merci pour votre soutien.
        Vous pouvez passer voir les zadistes sur le Mormont quand vous voulez.
        Ils sont très accueillants et sympathiques.

  2. Soutien s’il faut en arriver là c’est que c’est une solution possible à la sauvegarde de ce site unique, superbe et en plus chargé historiquement!

  3. Schädler Sophie

    Des jeunes ( et moins jeunes) qui se mobilisent et agissent concrètement pour leur environnement direct : bravo .

  4. Bonsoir,

    Je ne suis pas membre de l’ASM mais désire vous rendre visite car je soutiens totalement votre mouvement. Je viens de ramasser des châtaignes dans une forêt au-dessus de Bex (VD). Savez-vous que GipsUnion exploite à proximité une carrière et que cette entreprise a racheté pas mal de châtaigneraies de cette forêt. Ils pensent loin…. comme Nestlé qui achète des sources partout dans le monde.

    Cela me faisait penser à Holcim, autre grosse entreprise (multinationale).

    Votre combat est juste.

    Avec ton mon soutien.

    Bernard Boschung (natif de Lausanne et habitant à Neuchâtel, rue de la Côte 29)

    • Bonjour Monsieur Boschung,

      Merci pour votre soutien.
      Venez sur le Mormont pour rencontrer les zadistes, ils sont vraiment motivés et accueillants.

      Meilleures salutations,

      Alain Chanson

  5. Eduard Dietrich

    Je m’appelle Eduard Dietrich. En février 2016 j’ai découvert avec mon collègue Alex Downing le site du celtique du Mormont. C’est grâce à Holcim que on l’a pu fouiller. Pour nous archéologues ce fut une aubaine. Voilà.
    Je n’ai vu personne du ZAD.se jeter.devant les machines 2006. Nous oui!

  6. Eduard Dietrich

    On a trouvé le site en 2006.

    • Bonjour Monsieur Dietrich,
      Merci pour vos commentaires,
      En 2006, vous avez été mandaté par l’archéologie cantonale vaudoise pour effectuer des fouilles d’urgences dans la carrière Holcim du Mormont.
      Malheureusement, la manière dont vous avez travaillé a été vivemnent critiquées par de nombreux archéologues suisses et étrangers.
      Il fallait travailler rapidement, dans de mauvaises conditions météorologiques, pour que la cimenterie puisse reprendre son travail san entrave le plus rapidement possible.
      Nous avons beucoup discuté à l’époques avec Gilbert Kaenel, mais l’industrie est trop forte dans ce pays et peut détruire un site celte d’importance européenne sans état d’âme.
      Meilleures salutations,
      Alain Chanson
      Président de l’ASM

      • N’importe quoi Alain Chanson ! En vérité, à l’époque, nous, les archéologues (et notamment Ch. Falquet, mandaté pour la campagne de prospection) avons totalement merdé, faut le dire, c’est comme celà, ça arrive, sur l’expertise archéologique de ce site ! Et c’est grâce à Olcim si nous avons pu entreprendre et mener à bien notre travail par la suite ! A moi aussi votre initiative me semble complètement à contre sens et totalement déphasée, et ne servira qu’à émoustiller l’ego de certains politiciens locaux (et fortunés) mais en aucun cas à préserver quoi que ce soit sur ce site. A bon entendeur…

        • Ce que vous dite n’est pas juste.
          C’était au canton de Vaud de financer les travaux archéologiques et Holcim n’était pas propriétaire des terrains, qui appartiennent toujours aux communes d’Eclépens et de La Sarraz.
          Holcim a donné de l’argent (CHF 500’000.-) pour que les travaux, que le canton n’avait plus les moyens de financer, puissent continer, afin de pouvoir utiliser le plus rapidement possible le calcaire pour leur cimenterie.
          Nous avons longuement parlé de cette problématique avec Gilbert Kaenel en 2014, un grand spécialiste de la période celtique en Suisse.

    • Nuance, les machinistes de Holcim on découvert le site en 2006.

      • Eduard Dietrich

        C’est faux. Moi et mon collègue ont découvert le site en février 2006. Holcim a fourni juste la pelleteuse. Eduard Dietrich, Alex Downing.

        • Vous êtes bien naïfs.
          Un certain nombre de fosses ont été détruites par les ouvriers de Holcim et des témoins ont vu passer du matériel archéologique dans le concasseur avant que l’archéologie cantonale ne soit finalement avertie.
          Même dans votre article (https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02516109/document) vous précisez que: “L’extension du sanctuaire se prolongeait sans doute en direction de l’est, dans la zone de la carrière en cours d’exploitation, et la présence de vestiges n’est pas à exclure à l’ouest, dans la partie boisée menacée par l’exploitation future du calcaire”.

  7. Eduard Dietrich

    On a travaillé 7 sur 7 pendant 6 mois entouré des machinistes de Holcim l’année 2006. Avec de l’aide des archéologues français.
    L’entreprise Holcim a fait ce qu’elle a pu faire. Merci à elle.

    • Voici quelques extraits d’articles sur les fouilles du Mormont:

      Le Mormont est une colline calcaire proche des villages vaudois d’Eclépens et La Sarraz, entre Yverdon-les-Bains et Lausanne. Le Mormont est progressivement rongé par la carrière de ciment Holcim SA. Afin de continuer l’exploitation de la colline, des sondages ont été réalisés en 2006 par l’entreprise Archéodunum SA, sous la direction du Service archéologique du canton de Vaud. Les archéologues y ont localisés un chemin antique, mais rien ne leur avait paru avoir de l’importance, jusqu’au moment où, l’humus ayant été enlevé pour permettre d’attaquer la roche, on découvrit des fosses sacrificielles. Deux à trois ans auraient été nécessaires pour fouiller correctement le site, mais l’intervention fut limitée à ce que l’on appelle une « fouille de sauvetage » de quelques mois.
      Un article paru dans la revue Archéologie suisse, écrit par Gilbert Kaenel, directeur du Musée cantonal d’archéologie et d’histoire de Lausanne, et Denis Weidmann montre l’ intérêt de ce sanctuaire sur le Mormont, tout en offrant l’occasion d’interrogations préoccupantes sur les circonstances et les suites de la découverte. «Il s’agit du premier sanctuaire aussi riche et aussi concentré découvert en Suisse. Il nous apprendra beaucoup sur les rites et la vie quotidienne des populations d’ici», affirme Denis Weidmann.
      Il est dommage que cet article n’a pas réveillé la communauté scientifique et les pouvoirs politiques pour sauver le site.
      Historia, Les vestiges du Mormont (Suisse), posté le mardi 31 juillet 2007.

      24Heures: à propos des fouilles du Mormont
      par Emilie BUCHET SUTER » Ven Sep 18, 2009 9:52 am Faute d’argent, les fouilles du Mormont sont interrompues
      PATRIMOINE | Le financement manque pour étudier un sanctuaire celtique à Eclépens.
      Laure Pingoud | 17.09.2009 | 00:04
      Pourra-t-on étudier dans les règles de l’art les mœurs de nos ancêtres, gravées dans la colline du Mormont? Pas dans l’immédiat. Les archéologues qui fouillaient ce sanctuaire helvète ont plié bagage. Motif: le canton n’a plus d’argent pour ce chantier.
      Le site, mis au jour en 2006 lorsque l’entreprise Holcim a voulu agrandir sa gravière d’Eclépens, constitue pourtant une découverte majeure. «De renommée internationale», selon Gilbert Kaenel, directeur du Musée cantonal d’archéologie. «Le gisement est très
      important, confirme Matthieu Poux, professeur d’archéologie à l’Université de Lyon. C’est un peu le chaînon manquant que l’on cherchait dans les religions celtiques.» Et le Mormont n’a pas livré tous ses trésors: cet été, les archéologues ont attaqué de nouvelles fouilles, avant la prochaine étape d’exploitation d’Holcim agendée en 2011, selon une convention avec le canton. Un délai capital. «Si on ne pouvait plus exploiter, nous devrions arrêter la production de l’usine d’Eclépens. 110″personnes perdraient leur travail», affirme son directeur Stefan Sollberger.
      Budget 2009 épuisé
      Malgré cette échéance et la découverte de vestiges toujours importants, les archéologues ont travaillé au ralenti cet été, faute de financement, regrette Frédéric Rossi, directeur de la société Archéodunum, qui fouille le site. Avant l’arrêt des travaux fin août. «Le budget alloué pour l’étape 2009 est épuisé, justifie Philippe Pont, chef du service cantonal dont dépend l’archéologie. Il nous reste de quoi couvrir les factures et protéger le chantier pour l’hiver. Nous le rouvrirons en 2010.» Une rallonge de 150″000″ francs a certes été demandée au Conseil d’Etat pour fouiller durant l’automne. Mais pour l’obtenir, François Marthaler doit économiser une somme semblable.
      Au grand dam de Frédéric Rossi. «Au début, nous avons agi dans l’urgence. Là, nous aurions dû avoir le temps de faire un travail correct, à la hauteur de la valeur du site, puisque des fouilles préliminaires ont eu lieu au printemps pour évaluer les besoins», déplore-t-il. «Argovie débloque 4 millions pour fouiller les thermes de Baden. Or l’intérêt du Mormont est dix fois supérieur à une énième fouille de bains gallo-romains».
      Avenir sombre
      François Marthaler se défend de ne pas mesurer l’intérêt des vestiges. Affirmant qu’il a appris tardivement que la fouille était plus conséquente que prévu. Mais l’horizon n’est pas plus dégagé: les 900″000″francs, articulés pour les besoins du chantier en 2010, ne semblent pas acquis. «Le moment est compliqué. Les subventions fédérales pour la sauvegarde du patrimoine ont été divisées par quatre pour 2008-2011», indique François Marthaler. Qui tente de gagner du temps. «Il y a une possibilité de laisser les vestiges là où ils sont. Nous allons revoir le devis, les plannings et rediscuter avec Holcim pour protéger au mieux les intérêts du patrimoine et de l’entreprise.»
      Comment réagit Holcim? «Nos portes sont ouvertes», répond Stefan Sollberger. Cet été, afin de ne pas perdre de temps, la société a d’ailleurs avancé une part de la somme qu’elle s’était engagée à verser en 2010, sur une aide de 400″000″francs pour trois ans. Mais Stefan Sollberger regrette que le délai soit si court, alors que le calendrier élaboré avec le canton aurait dû permettre de travailler sereinement.
      Un instantané vieux de 2000 ans
      Le sanctuaire helvète mis au jour sur le Mormont en 2006 est condamné à disparaître sous les pelleteuses. Mais sa valeur est ailleurs. Il jette un regard neuf sur les pratiques rituelles et cultuelles de nos ancêtres de l’époque celtique. Des centaines de fosses ont été creusées puis rebouchées sur la colline. Des cavités où les Helvètes déposaient des offrandes à leurs divinités. «Ce sont des gestes intentionnels qui dévoilent une pensée, correspondent à des convictions, des modes de vie. Nous sommes devant un instantané des croyances des Helvètes vers 100 av. J.-C.», résume Gilbert Kaenel, directeur du Musée cantonal d’archéologie et d’histoire, dépositaire des objets.
      On y trouve des squelettes portant des traces de manipulation rituelle: des têtes coupées et mises en scène, des jeunes enterrés en position assise ou accroupie, des corps portant des traces de combustion et de découpe. De quoi alimenter l’hypothèse de sacrifice humain, voire d’un cannibalisme rituel, même s’il ne s’agit que de pistes de travail. Ces restes humains côtoient des animaux sacrifiés, notamment des chevaux importés de Méditerranée. «Ils sont beaucoup plus grands que les races indigènes. Les posséder était un prestige de l’aristocratie celte», explique Gilbert Kaenel. Les fosses contiennent aussi des objets de la vie quotidienne, comme un lot de vaisselle en bronze et l’outillage de forgerons, de menuisiers ou de charpentiers, racontant l’histoire des Helvètes.
      Chercheurs de tous horizons – archéologues, anthropologues, spécialistes de la faune, de la numismatique, des meules, etc. – se penchent sur ces nombreux vestiges. Qui sont encore loin d’avoir livré tous leurs secrets.

      Destruction du sanctuaire celtique du Mormont
      par Félix TUSCHER » Sam Sep 19, 2009 10:58 am
      Merci à Emilie d’attirer notre attention sur cet article de 24Heures qui, lucidement, nous notifie ce qui pourrait être un jour déploré comme une des plus graves — peut-être la plus grave — destruction de patrimoine culturel jamais commise dans notre pays…
      En effet, le site du Mormont est un véritable complément de celui de la Tène (cf. musée du Laténium à Neuchâtel). Les centaines de fosses que les archéologues y ont découvertes depuis 2006 recèlent toutes des objets votifs différents, ce qui les a fait comparer plaisamment à des “Kinder Surprise” par l’archéologue Eduard Dietrich. On a la chance de retrouver les objets exactement à l’endroit et dans la position où des Helvètes les ont déposés il y a environ deux mille ans… d’où la possibilité de mieux comprendre l’ordonnance de leurs cérémonies religieuses, et par conséquent leurs rites et leurs croyances… D’ores et déjà, on considère à l’étranger le Mormont comme le plus grand sanctuaire celte d’Europe!
      Ne manquons pas de présenter aux élèves les découvertes du Mormont, parallèlement à la lecture des pages du Bellum Gallicum consacrées aux moeurs des Gaulois! On trouvera tous les renseignements souhaités sur le site: http://www.lacollinedesceltes.ch. Voir aussi le film tourné à propos des fouilles du Mormont: il s’intitule le Crépuscule des Celtes et peut être obtenu à partir du site CLIMAGE.
      Au cas où l’information leur aurait échappé, nos visiteurs seront heureux d’apprendre que
      les fouilles vont pouvoir reprendre au Mormont!
      La chose n’allait, semble-t-il, pas de soi. Le 7 janvier dernier, trois professeurs de préhistoire écrivaient dans le Courrier des lecteurs du quotidien 24heures : La destruction récente, sur le Mormont, d’un sanctuaire helvète du 1er siècle avant notre ère, est un acte brutal et irresponsable.
      Faute de prospections préalables, il n’a pas été possible d’engager à temps la fouille approfondie de l’un des plus importants sites celtiques connus à ce jour en Europe. Seule une fouille d’urgence, menée dans des conditions extrêmement difficiles, a permis d’enregistrer une partie des informations conservées par ce gisement exceptionnel.
      Vendredi 26 février, un article paru dans Le Temps annonce que le canton et le cimentier d’Eclépens Holcim s’accordent pour reprendre l’étude du site celtique et plus loin que le canton se réjouit encore d’une convention en gestation destinée à planifier et assurer de concert avec le cimentier les fouilles futures sur la colline.
      La reprise des fouilles du Mormont a également fait l’objet d’un reportage de la RSR en compagnie de Nicole Pousaz, archéologue cantonale, François Girod, directeur d’Holcim, Frédéric Rossi, responsable d’archeodunum et Mathieu Honnorat, chef d’exploitation chez Holcim. Gilbert Kaenel, archéologue et directeur du Musée d’archéologie et d’histoire de Lausanne y était invité en direct. On y évoque l’intérêt exceptionnel de ce site unique, et d’importance internationale.
      Enfin on lit sur le blog de l’archéologue et médiateur culturel neuchâtelois Robert Michel que la Confédération vient d’octroyer au Canton de Vaud une subvention extraordinaire de 700’000.– frs pour les fouilles du Mormont… selon lui, “l’Alerte rouge” serait “levée au Mormont”!

      Le Temps du 11 janvier 2010 Le sanctuaire celtique du Mormont prie pour ses fouilles
      Les archéologues, suisses et étrangers, s’inquiètent du sort réservé au sanctuaire celtique sorti de terre en 2006 sur la colline du Mormont dans le canton de Vaud. Les fonds se font rares pour poursuivre les fouilles indispensables à la sauvegarde des vestiges «exceptionnels» datés d’un siècle avant J.-C. Fouilles qui avaient été interrompues l’année dernière, faute d’argent.
      De plus, le temps presse. Le cimentier Holcim, exploitant de la carrière qui dévore depuis des années le Milieu du monde là où les bassins du Rhône et du Rhin se partagent les eaux vers la Méditerranée et la mer du Nord, va s’attaquer au site dès 2011.
      Michel Egloff et Marc-Antoine Kaeser, le premier fondateur et le second actuel directeur du musée d’archéologie du Laténium à Neuchâtel en compagnie de Hans-Georg Bandi, éminent préhistorien, déplorent l’inertie de l’Etat de Vaud dans une missive publiée par 24€heures jeudi passé. Effarés par la «catastrophe» qui menace, ils espèrent que l’exploration d’un «des témoins de l’histoire suisse d’avant les Romains» pourra se terminer in extremis cette année. Car la crainte est palpable de voir disparaître à jamais le souvenir de ce lieu de culte célébré par les archéologues du monde entier.
      Pression sur le patrimoine
      Or, deux intérêts divergents se bousculent sur le pan de roche entre Eclépens et la Sarraz. D’une part, le droit de superficie qui permet d’exploiter la carrière et d’assurer emplois et matériaux à l’économie locale, carrière sans laquelle le site n’aurait pas été déterré. Et, d’autre part, le devoir de valoriser des découvertes archéologiques «extraordinaires», résume Gilbert Coutaz, directeur des Archives cantonales vaudoises et membre de la Société d’histoire et d’archéologie. «La pression sur le patrimoine est forte», suggère également Nicole Pousaz, archéologue cantonale. Mais en aucun cas, jure François Marthaler, les pelleteuses n’occuperont le site avant la sauvetage des trésors enfouis au Mormont.
      Très «sensible» à la question, le conseiller d’Etat vaudois, responsable du dossier, a prévu de rencontrer la direction du groupe mondial basé à Zurich pour discuter l’issue future du chantier. Holcim – dont tout le monde salue l’engagement – se déclare prêt à dialoguer avec le canton. Une convention règle d’ailleurs depuis 2006 leur collaboration. François Girod, directeur de l’usine d’Eclépens, précise encore que le cimentier continuera de participer au financement des fouilles en 2010.
      François Marthaler attend également la réponse de l’Office fédéral de la culture saisi d’une – demande de subvention. Jean-Frédéric Jauslin, son directeur, a d’ores et déjà laissé entendre que la Confédération serait ouverte à une contribution extraordinaire, indique le magistrat.
      Or, l’aboutissement des travaux en 2010 exige entre 800000 et 1€million de francs, estime-t-on. Il faudrait une douzaine de collaborateurs et six à sept mois de travail, calcule Pierre Hauser, directeur d’Archeodunum, la société mandatée sur le terrain par l’Etat de Vaud. Bien entendu, ce montant ne tient pas compte des études à venir consacrées ensuite aux ossements et aux objets retrouvés sur place, ajoute Pierre Hauser. Bref, les fouilles devraient reprendre au début du printemps afin de respecter le calendrier.
      Au Mormont l’ampleur du chantier a fluctué au cours des années. Dix personnes pendant dix mois entre 2006 et 2007, sept pour quatre mois en 2008, enfin trois durant quatre mois au cours de 2009 jusqu’à la suspension des fouilles. Par contre, la zone explorée s’est agrandie, passant de 7000 à 11000 mètres carrés. Les charges, 1,6€million de francs, ont été couvertes jusqu’à ce jour par l’Etat de Vaud à 65% et par Holcim à 35%.
      Une découverte inattendue
      François Marthaler s’étonne des critiques formulées par les auteurs du courrier. L’élu vert défend l’action de l’Etat, qui a su naviguer «habilement» entre impératifs publics liés à la conservation du patrimoine et besoins privés découlant d’une activité productive.
      L’archéologie vit de surprises. A l’image de la localisation du sanctuaire, totalement inattendue. Les budgets peuvent donc se tarir en cours de route, explique encore François Marthaler. Du coup, il n’est pas simple de débloquer des fonds supplémentaires. Et si à cela on ajoute la conjoncture économique peu favorable aux caisses de l’Etat, on comprend la difficulté de nourrir une discipline certes capitale, mais dont on perçoit mal ici et là les contingences. Les fonds autoroutiers qui ont fait la fortune de l’archéologie du pays s’épuisent. Les cantons peinent à prendre le relais, analyse Marc-Antoine Kaeser.
      En Suisse, on pare au plus pressé au lieu d’élaborer de véritables programmes de recherche, comme c’est le cas en France, explique Pierre Hauser. Le soutien des privés, bien qu’indispensable, ne suffit pas.
      En attendant la belle saison, la mémoire des druides dort sous la neige, enveloppée dans le calcaire figé par le temps et le gel. Une plaquette éditée en décembre 2009 par le canton, le Musée d’archéologie et d’histoire de Lausanne, le CNRS en France et Archeodunum, rend hommage au sanctuaire. Le document illustre les recherches menées par une foule d’experts au chevet de quelque 300 fosses où s’amoncellent des centaines des squelettes animaux et humains. Sans parler des restes des offrandes à l’origine d’un véritable inventaire à la Prévert qui s’enrichit au fil des trouvailles.

      Le Mormont
      Grandeur et misère d’un sanctuaire helvète
      par Hans-Georg Bandi, professeur émérite de préhistoire de l’Université de Berne
      Les médias ont évoqué récemment le Mormont, colline proche des villages vaudois d’Eclépens et La Sarraz, entre Yverdon-les-Bains et Lausanne. Mais bien peu de lecteurs auront réalisé qu’il s’agissait d’une découverte archéologique sensationnelle, d’importance nationale et même européenne.
      Le Mormont, en effet, ne le cède en rien à La Tène, où les très nombreux objets en fer découverts il y a 150 ans dans la Thielle, à l’extrémité nord-est du Lac de Neuchâtel, avaient incité le monde savant à baptiser «Civilisation de La Tène» la seconde partie de l’Age du Fer (deuxième moitié du dernier millénaire avant notre ère), non seulement en Suisse mais en Europe. Un article de la revue «archéologie suisse» (no 30, 2007), dû à Gilbert Kaenel (directeur du Musée cantonal d’archéologie et d’histoire, Lausanne) et Denis Weidmann (archéologue cantonal vaudois) démontre l’exceptionnel intérêt du sanctuaire helvète nouvellement signalé sur le Mormont, tout en offrant l’occasion d’interrogations préoccupantes sur les circonstances et les suites de la découverte.
      Colline calcaire, le Mormont se trouve progressivement rongé par la carrière de ciment Holcim SA. Préludant à une nouvelle étape de son exploitation, des sondages y ont été réalisés en 2006 par l’entreprise Archéodunum SA, sous la direction du Service archéologique du canton de Vaud. Bien qu’un chemin antique ait été localisé, rien n’avait particulièrement attiré l’attention jusqu’au moment où, l’humus ayant été enlevé pour permettre d’attaquer la roche, d’étranges fosses sacrificielles apparurent dans une dépression proche du sommet boisé. Le temps étant fort limité, il fut décidé de parer au plus pressé en délimitant au mieux l’ensemble de la zone menacée. Deux à trois ans auraient été nécessaires pour fouiller ce site avec toute l’attention désirable, alors que les impératifs de coûts et de délais limitèrent malheureusement l’intervention à ce qu’il est convenu d’appeler «fouille de sauvetage», de quelques mois seulement. Dans un ensemble de 260 fosses coniques creusées entre 120 et 80 avant notre ère dans l’humus, à une profondeur de 80 cm à 5 m, reposaient des ossements humains – squelettes en position repliée, crânes isolés représentant probablement des trophées guerriers – et animaux, surtout bœufs et chevaux. Mêlés à ces vestiges gisaient des dizaines de vases en céramique, des monnaies celtiques et romaines, des récipients en bronze, des bijoux (fibules en bronze, perles en verre), des outils en fer, des scories métalliques, de nombreuses meules en pierre. Curieusement, les armes semblent faire défaut. Cet abondant matériel est en cours de conservation au Musée de Lausanne. A coup sûr, des informations nouvelles sur les mœurs, techniques, relations proches ou lointaines de «nos ancêtres les Gaulois» résulteront des analyses qui ont déjà débuté.
      Des regrets, hélas! ternissent la miraculeuse surprise. Les projets de Holcim SA ayant été connus de longue date, pourquoi n’être intervenu qu’in extremis et avec des moyens insuffisants? A-t-on réalisé en haut lieu qu’il s’agissait d’un site capital non seulement sur le plan vaudois, mais pour la Suisse toute entière? Pourquoi l’aide de la Confédération n’aurait-elle pu être sollicitée, comme ce fut le cas lors de la construction du réseau autoroutier qui livra de véritables trésors archéologiques? La direction d’Holcim SA, dont on connaît l’intérêt pour l’archéologie, fut-elle informée de l’incroyable importance patrimoniale du Mormont protohistorique? Et la société «archéologie suisse», a-t-elle mis tout son poids dans la balance? Et la Commission fédérale des monuments historiques?
      Hélas! en archéologie, les occasions manquées sont irrémédiablement perdues.

      Mais vous connaissez certainement déjà ces articles.

  8. Eduard Dietrich

    Monsieur
    Je fut archéologue pendant 20 ans. L’archéologie est par définition destructive. On peut pas venir en arrière. Le choix de la méthode de fouille est très compliquée et doit être adapté à des contraintes financières, temporelles, personnelles, etc.
    Vous avez décidé d’occuper Le Mormont
    Je suis d’accord que cette carie dans la colline n’est pas jolie. Mais nous sur la fouille on a vu des chamois et Holcim a planté des centaines des arbres autour de leur carrière.
    D’ailleurs svp faites pas des trous dans la terre. Sur le haut de la colline il y a un site Hallstatt final.
    Merci
    Eduard Dietrich

    • Bonjour Monsieur Dietrich,
      Il ne faut pas confondre les actions de l’Association pour la Sauvegarde du Mormont pour sauvegarder le Mormont avec l’installation des zadistes sur la Birette.
      Nous agissons dans le respect des lois, mais nous soutenons les zadistes parce qu’ils ont le même but que nous, sauvegarder ce qui reste du Mormont.
      Je regrette que le Canton de Vaud et la Confédération n’aient pas interdit la poursuite de l’exploitation du calcaire du Mormont, dès que l’importance européenne du site Celte a été clairement établie.
      Un nouvelle fois les intérêts économiques ont passé loin devant les intérêts archéologiques et le site même où les Celtes ont été actifs il y a 2100 ans a été remplacé par un énorme trou.
      De nouvelles phases de destruction du site ont suivi et ce n’est pas terminé, puisque la Birette est maintenant menacée, bien que les sondages archéologiques aient mis en lumière du matériel archéologique dans toute la zone.
      C’est cela qui me gêne, en plus de la destruction d’un biotope et géotope unique en Suisse.
      Encore une fois, je n’ai rien contre les archéologues, qui font juste le travail que le canton leur demande.
      je fustige le gouvernement vaudois qui courbe l’échine devant une multinationale comme Lafarge-Holcim, même si je n’ai pas de solution écologique pour note approvisionnement en ciment.
      Meilleures salutations,
      Alain Chanson

      PS: Les arbres plantés par Holcim font partie des mesures de compensation que le cimentier doit réaliser et qui sont surveillées par la Commission de suivi du Pac 308 Mormont, dont je suis membre pour Pro Natura Vaud.

      • Je m’interroge car dans la présentation qu’en font les médias, on parle très peu des sites archéologiques. Je suis tombée des nues en réalisant que le site découvert a déjà été mangé par les pelleteuses.
        N’y a-t-il aucun moyen juridique de s’opposer à la poursuite de l’exploitation, au vu de l’importance exceptionnelle du site? Y a-t-il eu opposition ou recours contre la décision de ne pas protéger la Colline?

        • Merci pour votre interrogation.
          Malheureusement, non.
          Cela fait 7 ans que nous luttons pour la sauvegarde du Mormont et du site celte, mais les travaux archéologiques ont continué, avec la bénédiction de l’archéologie cantonale.
          Nous avons fait opposition aux sondages archéologiques sur la Birette l’année passée, mais le Tribunal cantonal nous a désavoué.
          Les sondages ont eu lieu en septembre – octobre 2019 et toute la zone sondée contient du matériel archéologique.
          Bien cordialement, Alain Chanson

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