lundi , 19 août 2019

Poste 5

La carrière

La carrière Holcim : l’énormité contre laquelle nous luttons… et aussi un énorme sujet à traiter. Aussi, nous limiterons-nous aux généralités de 3 aspects : l’historique de la carrière, la formation du calcaire et le site archéologique.

Bref historique

C’est en 1953 qu’une autorisation d’exploiter le calcaire du Mormont a été délivrée, malgré une opposition aussi farouche que vaine de personnalités scientifiques.

Situation en 1974

Situation en 1990

Situation en 2015

Situation en 2030

Ces photos d’une maquette illustrent quelques étapes de l’exploitation et montrent combien le rythme s’est accéléré dès les années 90, principalement à la suite de la fermeture de plusieurs cimenteries romandes, notamment celles de Roche et de Saint-Maurice.

La limite de la carrière que vous avez sous les yeux correspond à l’extension accordée dans les années 2000. Pour nous, ce devrait marquer la fin de l’exploitation. Mais le cimentier a des arguments en … béton pour la poursuivre. Nous vous en dirons davantage au poste 18.

Si les modifications apportées à ce milieu ont eu des incidences néfastes pour de nombreux animaux, il faut admettre que ces falaises en ont attiré quelques autres. Ainsi, un couple de faucons pèlerins niche depuis quelques années sur l’un des escarpements en face de vous, un peu sur la gauche. Une harde de chamois (il y en a ailleurs dans la région) y a aussi élu domicile.

Formation du calcaire

L’origine du calcaire remonte au Crétacé inférieur, il y a 135 millions d’années. Un mot pour caractériser ces temps lointains : les dinosaures. A cette époque, une mer chaude et peu profonde recouvrait une bonne partie de l’Europe : elle y perdurera pendant des millions d’années. Les sédiments accumulés sur le fond marin, associés aux coquillages, algues et autres organismes vont petit à petit se compacter et finir par former, à raison de 5 mm à 1 cm par siècle, les 1000 mètres du calcaire jurassien. Des phénomènes complexes ont fait que le Mormont s’est détaché du Jura, formant ce promontoire de calcaire perdu en terrain morainique.  Le plissement des couches, leur fracturation aboutissant  à la création de plusieurs failles, l’érosion due au temps et aux glaciers ont modelé la colline que nous voyons aujourd’hui. La carrière permet de voir en coupe ce qui est habituellement sous nos pieds. Ainsi, face à vous, pouvez-vous contempler 35 millions d’années de formation calcaire. Les nuances de couleurs marquent des périodes différentes, parmi lesquelles le Hauterivien et le Barrémien.

Parfois, l’empreinte de plantes et d’animaux va subsister dans cette gangue minérale : ce sont les fossiles. Et, quelle chance, le Hauterivien en est riche ! En cherchant dans les éboulis de pierre jaunâtre, à gauche du chemin, vous aurez peut-être la chance de découvrir escargots, coquillages et autres bivalves. Ci-dessous, ce que vous pourriez trouver :

Le site archéologique :

Sur la photo de la maquette illustrant la situation en 1990, on voit une langue vert clair s’avançant entre des zones vert foncé, à proximité du front de la carrière. Ce grand pré, entouré de forêts se situait à peu près en face de vous. Les fouilles entreprises dans ce secteur ont mis à jour des vestiges attestant une occupation quasi continue du Mésolithique à nos jours. C’est dire que pendant quelque 8000 ans, le Mormont a été habité, exploité, parcouru, à témoin cette route romaine mise à jour en 2012.

Des sondages effectués en 2006, avant l’exploitation de la roche, ont révélé la présence d’un site helvète (ou celte ou gaulois) exceptionnel. Si l’on a parlé longtemps d’un sanctuaire, il semble que cette interprétation soit sujette à caution aujourd’hui. Occupé pendant une dizaine d’années seulement, dans la dernière décennie du 2èmesiècle avant notre ère, cet emplacement a (ou aurait) été un lieu d’offrandes. Plusieurs centaines de fosses, profondes souvent de plusieurs mètres, d’un diamètre pouvant aller jusqu’à 5 mètres, creusées jusqu’à et parfois dans  la roche calcaire, ont servi de dépôts à un nombre impressionnant d’« objets » dignes d’un inventaire à la Prévert lorsqu’on les cite par ordre alphabétique : amphores, bovins, bracelets, céramique, cerf, chaudrons en fer et en bronze, chevaux, chèvres, couteaux, fibules (grosses imperdables de l’époque), harnachements, haches, loup, meules, monnaies, moutons, ours, outils de forgeron, parures en perles multicolores, pièces métalliques pour entraver les prisonniers, restes humains entiers ou découpés, vases en bronze, trident, il ne manque que le raton laveur ! Il vous intéressera de savoir que les ossements humains concernent des enfants et des adultes, hommes et femmes. On a ainsi mis à jour 10 squelettes entiers, 9 autres incomplets, 12 crânes, 4 têtes coupées. De là à penser qu’il y a eu des sacrifices humains…

Quelques photos illustrant ces vestiges :